Ce blog se base sur un ouvrage qui a été conçu en premier lieu pour transmettre à mes enfants, Clémentine et Zacharie, ainsi
qu’à ma nièce, Iris, le résultat de mes recherches généalogiques sur notre famille. Il se concentre sur l’étude des familles Zimpfer, Graetz, Rebmann et Wiedemann (mon frère et moi), Kling et Vogel (ma femme), Bastian et Riehl (ma belle-sœur), ainsi que sur notre ville d’origine, Bischwiller (Bas-Rhin).
Qui n’a pas dû, enfant, faire son arbre généalogique comme devoir pour l’école ?
En général ces arbres se limitent aux parents, grands-parents, et dans le meilleur des cas, aux arrière-grands-parents. Ceci non pas par fainéantise, mais simplement parce que les données manquent.
Au fil des ans, la transmission “orale” s’estompe, simplement parce qu’on ne se souvient que des personnes qu’on a personnellement connues, ou dont on a souvent entendu parler.
A titre personnel, je suis très heureux d’avoir pu avoir des discussions très intéressantes avec mes grands-parents maternels, Paul REBMANN et Lina WIEDEMANN. Mon grand-père Paul avait toujours plein d’anecdotes, parfois croustillantes, à raconter sur sa jeunesse à Bischwiller – notre ville d’origine- comme la fabrique de bonbons de Mr. GUTENGUNST, avec le sucre qui se cristallisait dans ses narines
façon « barbe-à-papa », ses amis d’enfance dont « de Strausse Claude » – Claude STRAUSS qui deviendra plus tard le poète Claude Vigée – et parfois ses « mémoires de guerre » lors de la seconde guerre mondiale, dont il avait beaucoup plus de mal à parler, tellement ses souvenirs, en particulier de sa captivité dans le camp de prisonniers Russe de Tambov, étaient encore traumatisants même plus de 50 ans après les événements.
Mais si les personnes possédant les informations sont déjà mortes, ou si certaines informations sont délibérément tues, les traces disparaissent pour les générations suivantes.
Je regrette de n’avoir jamais connu mon grand-père paternel, Alfred ZIMPFER, et d’avoir été trop jeune au décès de ma grand-mère paternelle, Elsa GRAETZ, me privant ainsi de pouvoir les questionner sur leurs parents ou s’ils avaient des frères et sœurs. Il n’y a d’ailleurs aucune garantie que j’aurai pu avoir
une réponse, le sujet semblant être plutôt tabou au sein de la famille Zimpfer. En particulier je n’ai jamais entendu mon père, mes deux oncles ou mes deux tantes parler de leur père, ou d’éventuels oncles, tantes ou cousins. Ce n’est qu’en effectuant mes recherches généalogiques que j’ai pu constater qu’Alfred ZIMPFER avait au moins un frère, Karl, et trois sœurs, Maria, Sophie et Carolina, qui mis à part Maria, ont tous été mariés, et ont donc tous une potentielle descendance. Ces informations ayant encore moins de 100 ans ne sont malheureusement pas en accès libre.
Je note ici un premier paradoxe : le destin, ou plutôt une certaine volonté – peut-être inconsciente- de taire des informations, a voulu que je puisse retrouver beaucoup plus d’informations sur certaines « branches Zimpfer » qui ont émigrés aux Etats-Unis au XIXème siècle, et avoir les noms, et même certains contacts via les réseaux sociaux, avec des cousins « américains » très éloignés ayant mon âge, voire plus jeune, qu’avec les cousins directs de mon père et leurs descendants, et qui pourtant habitent très vraisemblablement à Bischwiller ou aux environs.
Quelle(s) « histoire(s) de famille » ont pu conduire à cet état de fait ? Quel(s) traumatisme(s) ? Mais après tout, quelle famille n’a pas ses secrets, ses traumatismes, ses non-dits, entraînant des branches peut-être perdues à jamais dans son arbre généalogique ?
Si l’on veut se baser sur une transmission “écrite”, cela demande beaucoup plus de ressources et surtout, de temps. Il faut consulter les actes officiels venant des registres d’état-civil des mairies, ou des registres de baptême, mariage, décès des églises pour les actes plus anciens. Encore faut-il savoir, au
moins, la commune de naissance et/ou l’année approximative. Car sinon, cela correspond à la célèbre expression “chercher une aiguille dans une botte de foin”.
Avec un peu de chance, d’autres documents écrits peuvent également servir : actes notariés de vente de biens, articles de journaux, faire-parts de décès -les versions américaines sont justement une mine d’information pour retrouver les noms de personnes encore en vie pour lesquels les actes officiels ne sont pas encore accessibles-, ou d’autres écrits relatant des mémoires ou histoires familiales.
Je suis très reconnaissant envers ma tante, Christine REBMANN, d’avoir poussé mon grand-père Paul à entreprendre ce lourd travail de mémoire le conduisant à coucher sur le papier ses « Mémoires de Guerre ». Un document de 70 pages retraçant la période 1940-1945, écrit dans sa langue maternelle,
l’Alsacien, presque contre sa volonté comme il le dit lui-même dans l’épilogue, mais qui s’avère être d’une valeur inestimable pour ses descendants, et pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des « malgré-nous ». L’auteur Guillaume Pfaadt a notamment cité les mémoires de mon grand-père dans
son ouvrage « Nous étions des malgré-nous », évoquant, par le destin tragique du bischwillerois Guillaume PFAADT -le frère de son grand-père-, l’histoire des Alsaciens et Mosellans incorporés de force dans la Wehrmacht pendant la seconde guerre mondiale.
Pour des recherches généalogiques en l’Alsace, outre le Français et le Latin pour les documents datant d’avant la Révolution, il faut maîtriser l’Allemand du XVIIIe et XIXe siècle, tous les documents d’état- civil étant rédigés dans la langue de Goethe entre 1872 et 1918. Le déchiffrage de ces actes n’a pas
toujours été aisé, tellement l’Allemand écrit de cette période-là est différent de l’Allemand moderne.
La mise en ligne de tous les registres d’état-civil et des paroisses dans tous les départements français, et en particulier pour toutes les communes du Bas-Rhin, ainsi que les sites internet de généalogie (ancesty.com ou geneanet.org) il y a quelques années, ont grandement contribué à la découverte d’une
très grande quantité d’informations.
Ces recherches m’ont conduit, début Septembre 2020, à répertorier plus de 5000 personnes, toutes liées d’une manière ou d’une autre à mes enfants ou à ma nièce.
Outre l’obtention d’un arbre généalogique presque complet sur plus de 11 générations, ces recherches m’ont aussi permis d’en apprendre plus sur l’histoire de la plaine du Rhin du XVIIIe, XIXe et XXe siècle.
Et à ce stade, je ne résiste pas à l’envie de vous citer l’introduction de la pièce « Le Porteur d’Histoire »,
d’Alexis Michalik :
« D’abord qu’est-ce que l’Histoire? Avec un grand H?
L’Histoire, c’est notre mémoire commune, notre identité. C’est ce qui nous définit en tant qu’êtres humains. Pour nous tous,
l’Histoire est concrète, écrite, immuable. Il y a des dates ou des événements dont on est parfaitement sûr. On les a apprises,
à l’école, ou dans un livre, et on sait, on en mettrait littéralement sa main à couper, que ces dates sont exactes.
Comme par exemple, Marignan? 1515. La prise de la Bastille, 1789. Christophe Colomb en Amérique, 1492. Robespierre,
Galilée, Ravaillac. La guerre de cent ans, La guerre de Crimée, La guerre d’Algérie…
En Algérie, les français débarquent en 1830 et repartent en 1962. 132 ans d’occupation. Et pendant 132 ans, les petits
Algériens ont appris à l’école «Nos ancêtres les Gaulois » …
Souvent, presque toujours, le récit du vainqueur est celui qu’on retient. Et dans tout récit historique, il y a, comme son nom
l’indique, une part de récit. Chaque historien, même s’il tâche d’être le plus intègre possible, s’inscrit dans une époque,
traversée par des courants de pensée qui sont directement liés aux moyens d’information disponibles. Chaque historien est
avant tout un homme. L’Histoire ne peut donc pas être absolument objective, elle est mouvante, elle évolue, s’estompe et s’enrichit. Notre identité, notre passé, tout ce qui nous définit n’est qu’un récit.
Tout notre passé est une fiction. »

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